Du bleu à l’âme

En été je guette les couchés de soleil. J’aime cet instant où la nature devient funambule et le ciel, en acrobate habile, se fait danseur de couleurs. Avide, je l’observe esquisser un dégradé flouté de couleurs chaudes qui se détirent avec force, puis cèdent jusqu’à s’allonger sur le froid de la mer. Et je traque, sans répit, comme l’héroïne du roman*, cette couleur frontière du rayon vert.

 Du latin color, « teint du visage », au figuré, « aspect extérieur », et rattaché au groupe celare qui littéralement signifie « celer et cacher », la couleur, dans l’idée, recouvre une surface mais aussi, de par son étymologie, masque et dissimule une réalité.

 Aussi, la notion de couleur en Occident est totalement abstraite car elle est considérée indépendamment de toute surface colorée. Petits, nous apprenons le mot « vert » mais sans référent physique le concept nous échappe. Dans cette période d’apprentissage si nous entendons des phrases comme « la pomme est verte » ou « l’arbre est vert » nous devons trouver le point commun entre ces deux choses pour comprendre ce que veut dire » vert », et nous ne percevrons les nuances du vert que beaucoup plus tard.

 Au Japon, l’idée abstraite d’une couleur qui ne correspond à rien en particulier n’existe pas, et par conséquent il n’y a pas de « mots » pour nommer les couleurs mais des expressions concrètes. De ce fait, les japonais appellent le noir « couleur d’encre », le bleu « couleur de ciel » , le jaune « couleur d’œuf », et ainsi de suite, soulignant dès lors le lien inhérent entre couleur, nature et sentiment.

 Au-delà de la sagesse nippone, nous ne sommes pas totalement démunis car nous possédons dans notre langue des expressions idiomatiques qui déploient des couleurs pour abriter une sensation particulière. Souvent sous forme de métaphore, elles expriment les sentiments de façon imagée et nous guident dans une figure de style vers la symbolique de chaque couleur.

 Alors, si à certains moments votre vie n’est pas rose, pensez pendant vos nuits blanches à vous mettre au vert, faites travailler votre matière grise et saisissez le lien entre le mot et la couleur, vous y trouverez le sentiment.

C’’est écrit noir sur blanc.

  * « Le rayon vert » de Jules Verne.

 

IMG_1352.jpg
L’arbre ou la pomme?
IMG_0950.jpg
En quête du rayon vert.

 

Un commentaire sur “Du bleu à l’âme

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s